26/11/2018

J'ai mis de l'or dans mes yeux 
Pour aller au bal 
Et une rivière d'étoiles 
Pour plaire un peu. 

Comment dis-tu à quelqu'un que tu ne sais plus si tu l'aimes sans être le train qu'il prend dans la gueule ou le bâtiment qui s'écroule sur lui ? 

L'or a coulé 
Les étoiles sont cassées 
Je suis dans une mare de poussière.

Je tourne d'un coup sec l'arrivée d'eau, qui gicle et jaillit, brûlante, s'éparpille en rigoles cascadantes sur mon corps, me coupant presque le souffle. Je respire. 

Les marches détrempées par la pluie luisent sous mes pas. 

Tâcher de remarquer la beauté de l'éclaircie au loin, trop loin. S'efforcer de sourire, de trouver une raison, d'oublier l'amertume, de tenir. Vouloir chasser la peine et la rancœur. Ravaler la rage qui me dévore les lèvres. 

Je vois défiler des bouts de panneau, des bouts de brique et de béton, des bouts de ville et des bouts de vie. 

Que trouvez vous de plus aux gens qu'à votre livre ? Vous passez la majeure partie du trajet à les scruter et les décortiquer sous vos lunettes aux montures translucides et vos yeux perçants. C'est pourtant un joli nom, " L'arnaque aux stigmates ".... 

Ce matin, j'ai fait rire une inconnue et pleurer mon amour. 

Il a des lèvres fines et pincées, un menton en pointe arrondie au bout, un visage anguleux et lisse, un cou fin et un corps qui dodeline au rythme du train. Une présence éthérée, qui s'efface et se fond dans le ciel gris clair du matin. Il est encore plus beau les yeux clos et la bouche légèrement entrouverte. 

Arracher, déchirer, et enfoncer ses doigts dans les dernières résistances du tissu, un peu trop rafistolé, un peu trop délavé. Se sentir brutalement à nu, à nouveau fragile, vulnérable. Racler les restes, faire disparaître les traces pour ne laisser qu'un petit bout d'organe bouilli, blanchi à la javel. Un bout de cœur un peu plus faible et un peu plus fort. 

Une bouffée de vent humide assaille ma gorge en sortant de la gare. 

Un fin sourire défigure son visage. La tête penchée, elle regarde ailleurs ; elle sait quelque chose. 

La fumée sort de sa bouche à gros bouillons vaporeux. 

Je titube, je souffle, je m'accroche, je m'étouffe. Je n'ai pas le droit de respirer. 

Les carcasses des feuilles mortes s'accumulent et crissent mollement sous mes pieds.

Notes entre septembre 2017 et novembre 2017